Prévision de trésorerie : plan 12 mois Sàrl vaudoise
Méthode en six étapes pour bâtir un plan de trésorerie à 12 mois, avec un fil rouge chiffré et un tableau à recopier. Cas d'une Sàrl vaudoise de 6 employés.
Prenons la Sàrl Rochat Installations, à Morges. Six employés, une activité d'artisanat du bâtiment, une masse salariale brute de CHF 36'000 par mois (salaire du gérant compris). Le gérant, au mois de mars, constate que le décompte AVS du trimestre, la TVA et le loyer tombent la même semaine. Dans le même temps, un client de CHF 28'000 n'a pas payé sa facture, émise 60 jours plus tôt.
Sur l'exercice, la société dégage un bénéfice de CHF 62'000. Pourtant, fin mai, le compte bancaire affiche un solde négatif de CHF 11'000. Le mécanisme est simple : le bénéfice se mesure sur douze mois, alors que les salaires, la TVA et les cotisations se paient à des dates précises. Un résultat comptable positif n'empêche pas un découvert. La trésorerie, c'est l'argent réellement sur le compte au 30 du mois.
Le présent article suit cette société pas à pas. Les six étapes ci-dessous permettent de construire un plan à 12 mois. Un tableau de trois mois, à recopier dans un tableur, accompagne la démarche. Pour les définitions de base, voyez notre article sur la prévision de trésorerie, qui pose le cadre général.
Indicateur
Valeur
Contexte
Bénéfice annuel
CHF 62'000
Résultat comptable de l'exercice, mesuré sur douze mois
Solde bancaire fin mai
– CHF 11'000
Découvert malgré un exercice bénéficiaire
Créance client impayée
CHF 28'000
Facture émise 60 jours plus tôt, encaissement reporté à juin
Solde initial de trésorerie
CHF 48'400
Au 28 février : banque CHF 41'200, PostFinance CHF 6'800, caisse CHF 400
Bénéfice annuel
ValeurCHF 62'000
ContexteRésultat comptable de l'exercice, mesuré sur douze mois
Solde bancaire fin mai
Valeur– CHF 11'000
ContexteDécouvert malgré un exercice bénéficiaire
Créance client impayée
ValeurCHF 28'000
ContexteFacture émise 60 jours plus tôt, encaissement reporté à juin
Un bénéfice de CHF 62'000 sur l'exercice n'empêche pas un découvert de CHF 11'000 fin mai
À retenir
Le bénéfice se mesure sur douze mois, la trésorerie se vérifie le 30 du mois : un résultat comptable positif n'évite pas un compte à découvert.
Source : Cas Rochat Installations Sàrl (Morges), fil rouge de l'article sur la prévision de trésorerie
1. Poser le solde de départ avec les comptes réels
Une prévision part d'un chiffre vérifiable. Relevez le solde de chaque compte au dernier jour du mois écoulé : compte bancaire principal, PostFinance, comptes en devises, caisse. Utilisez les extraits de compte, pas le grand livre, car celui-ci intègre des écritures qui n'ont pas encore été débitées ou créditées.
Pour Rochat Installations, le relevé du 28 février donne : banque CHF 41'200, PostFinance CHF 6'800, caisse CHF 400. Solde de départ : CHF 48'400.
La règle : le solde initial d'un plan de trésorerie correspond à la somme des soldes bancaires constatés, jamais à une estimation. Toute erreur à ce stade se répercute sur les douze mois suivants.
Geste du jour : ouvrez un tableur, créez une colonne par mois et inscrivez le solde bancaire consolidé en cellule de départ.
2. Lister les encaissements selon l'échéance réelle
Le piège le plus courant consiste à placer le chiffre d'affaires dans le mois de la facture. L'argent arrive plus tard. Calculez votre délai de paiement moyen : divisez le solde des débiteurs par le chiffre d'affaires annuel, puis multipliez par 365.
Chez Rochat Installations, les débiteurs s'élèvent à CHF 118'000 pour un chiffre d'affaires de CHF 960'000. Le délai moyen est de 45 jours. Une facture de CHF 40'000 émise en mars est donc encaissée à la mi-mai, et non en mars. Si un client notoirement lent est concerné, majorez son délai individuellement.
L'article 102 du Code des obligations (RS 220) fixe la mise en demeure du débiteur à l'échéance, ou après interpellation lorsqu'aucun terme n'est convenu. Un délai de paiement indiqué sur la facture, par exemple 30 jours, offre donc une base contractuelle pour relancer.
Hypothèses du fil rouge, hors TVA, en encaissements : mars CHF 70'000, avril CHF 60'000, mai CHF 52'000 (le client de CHF 28'000 est reporté à juin).
Geste du jour : exportez la liste de vos débiteurs et inscrivez, pour chaque facture ouverte, la date d'encaissement attendue.
3. Chiffrer les décaissements fixes
Les décaissements fixes se prévoient avec précision, car ils ne dépendent pas de l'activité du mois : salaires nets, charges sociales, LPP, loyer, leasing, assurances.
Les cotisations AVS/AI/APG s'élèvent à 10,6 % du salaire déterminant, réparties à parts égales entre employeur et employé (5,3 % chacun). L'assurance-chômage ajoute 2,2 % (1,1 % de part employeur). Source : Office fédéral des assurances sociales (OFAS), taux en vigueur, à vérifier sur www.bsv.admin.ch. Les allocations familiales vaudoises, financées par l'employeur via la caisse, s'élèvent à CHF 300 par mois pour un enfant de moins de 16 ans, CHF 400 dès le troisième enfant (loi vaudoise sur les allocations familiales, à confirmer auprès de la caisse d'affiliation).
Un gérant de Sàrl qui se verse CHF 8'000 par mois supporte environ CHF 1'000 de cotisations AVS/AI/APG/AC, parts employeur et employé confondues. À cela s'ajoute la LPP du dirigeant, qui doit apparaître dans le plan : sans cette ligne, le salaire du gérant est sous-évalué.
Sorties mensuelles fixes de Rochat Installations :
Les charges fixes de CHF 44'300 par mois sont absorbées aux deux tiers par les salaires nets
À retenir
Les salaires nets (CHF 29'500) représentent environ 67 % des sorties fixes mensuelles de Rochat Installations : c'est la ligne à sécuriser en priorité dans la prévision de trésorerie.
Source : Cas fil rouge Rochat Installations Sàrl, Morges (sorties mensuelles fixes, étape 3 de la prévision de trésorerie)
4. Intégrer les échéances fiscales et sociales
Ces sorties sont irrégulières et se concentrent sur quelques semaines. Elles sont à inscrire dans le mois du paiement effectif.
TVA : le décompte est en principe semestriel pour les assujettis qui appliquent la méthode effective. La méthode des taux de la dette fiscale nette impose aussi un décompte semestriel. Le décompte trimestriel est possible sur demande, notamment en cas de crédit de TVA régulier. Le paiement intervient dans les 60 jours suivant la fin de la période. Source : Administration fédérale des contributions (AFC), www.estv.admin.ch. Taux normal en vigueur : 8,1 %.
La TVA collectée n'est pas un revenu. Elle appartient à la Confédération. Rochat Installations encaisse CHF 70'000 TTC en mars, dont environ CHF 5'250 de TVA, qui devra être reversée.
Acomptes d'impôts cantonaux : l'Administration cantonale des impôts (ACI) du canton de Vaud émet des bordereaux d'acomptes provisionnels, dont le calendrier figure sur www.vd.ch/themes/etat-droit-finances/impots/. Reportez les échéances de votre bordereau.
Décompte de la caisse AVS : selon l'acompte mensuel ou trimestriel fixé par la caisse, la sortie peut atteindre plusieurs milliers de francs en une seule fois.
Geste du jour : reportez dans le tableur les trois dates et montants de votre dernier décompte TVA, de votre dernier bordereau d'acomptes et de votre dernier décompte AVS.
Tableau de trésorerie à recopier : mars à mai
Voici le tableau du fil rouge, en CHF, scénario réaliste. Les encaissements sont exprimés TTC, la TVA due étant payée séparément.
Mars : solde de départ 48'400. Encaissements 70'000. Décaissements fixes 44'300. Fournisseurs et matériel 22'000. Échéance décompte AVS trimestriel 6'800. Solde de fin de mois : 45'300.
Avril : solde de départ 45'300. Encaissements 60'000. Décaissements fixes 44'300. Fournisseurs et matériel 20'000. Acompte d'impôts cantonal 7'500. Solde de fin de mois : 33'500.
Mai : solde de départ 33'500. Encaissements 52'000. Décaissements fixes 44'300. Fournisseurs et matériel 24'000. Décompte TVA 16'200. Solde de fin de mois : 900.
Le mois de mai reste à peine positif. Le moindre retard client supplémentaire place la société à découvert. Or, sur l'exercice, elle reste bénéficiaire : les marges se constituent sur l'année, les paiements s'échelonnent par à-coups.
Geste du jour : recopiez ce tableau, remplacez nos chiffres par les vôtres, et ajoutez une ligne par mois jusqu'à douze.
5. Construire trois scénarios et fixer le seuil d'alerte
Un plan unique repose sur une seule hypothèse. Trois scénarios couvrent l'incertitude.
Scénario réaliste : les délais de paiement observés se poursuivent. Scénario prudent : les encaissements sont décalés de 15 jours et réduits de 10 %. Scénario tendu : un client majeur paie avec 60 jours de retard et les encaissements baissent de 20 %.
Appliqué à Rochat Installations, le scénario prudent donne un solde de fin mai de moins CHF 9'000. Le scénario tendu atteint moins CHF 25'000.
Fixez ensuite un seuil d'alerte. Une règle utilisée en pratique : conserver un solde au moins égal à un mois de décaissements fixes, soit CHF 44'300 ici. Sous ce seuil, une action est déclenchée : relance des débiteurs, négociation d'un échelonnement avec un fournisseur, demande de limite de crédit à la banque avant d'en avoir besoin.
Geste du jour : dupliquez votre feuille deux fois, appliquez les décalages ci-dessus et inscrivez le seuil d'alerte en rouge sur chacune.
6. Mettre à jour chaque mois et comparer prévu et réel
Un plan de trésorerie n'a de valeur que s'il est actualisé. Au début de chaque mois, remplacez les chiffres prévus du mois écoulé par les chiffres réels, puis déplacez l'horizon : le plan reste à 12 mois glissants.
Ajoutez une colonne d'écart. Si les encaissements réels sont inférieurs de 15 % aux prévisions deux mois consécutifs, vos délais de paiement ont changé : recalculez le délai moyen de l'étape 2.
Fixez un rendez-vous récurrent : le troisième jour ouvrable de chaque mois, le temps d'effectuer la clôture bancaire. Trente minutes suffisent.
Geste du jour : inscrivez ce rendez-vous dans votre agenda pour les douze prochains mois.
Pièges à éviter
Confondre bénéfice et liquidités : un résultat positif n'implique pas un solde positif à une date donnée.
Oublier le salaire du gérant et sa LPP : ces sorties pèsent chaque mois, même lorsque le gérant diffère son prélèvement.
Ignorer le décalage entre facturation et encaissement : prévoir l'entrée au mois de la facture surestime le solde de plusieurs dizaines de milliers de francs.
Projeter la TVA collectée comme un revenu : elle doit être reversée à l'AFC.
Ne jamais actualiser : un plan non comparé au réel perd sa fiabilité en un trimestre.
Pour les contrats de prévoyance, les décomptes de salaire et le certificat de salaire du gérant, notre équipe peut vérifier la cohérence des flux avant la saisie dans le plan.
Ouvrir un tableur ce soir
Le plan à 12 mois se construit en une soirée pour sa première version. Remplissez les trois premiers mois à partir des relevés bancaires, des derniers décomptes sociaux et de la liste des débiteurs. Ajoutez les deux scénarios, puis fixez la date du premier point mensuel.
Une prévision approximative mais suivie vaut mieux qu'un modèle sophistiqué abandonné au bout de deux mois. Une fois le premier trimestre solide, étendez-le jusqu'à douze mois et rattachez-le à votre budget annuel.
"Cet article, à caractère purement informatif, ne constitue ni un conseil juridique, fiscal ou comptable, ni une recommandation personnalisée ; la situation de chaque entreprise étant unique, nous vous invitons à consulter un professionnel qualifié avant toute décision relative à votre prévision de trésorerie."
FAQ
Le résultat comptable mesure les produits et charges d'une période, indépendamment des dates de paiement. La trésorerie mesure l'argent effectivement disponible sur les comptes à une date donnée. Une société bénéficiaire peut être à découvert.
Faire valider votre plan de trésorerie
Notre équipe examine votre plan à 12 mois, vos échéances sociales et fiscales ainsi que vos seuils d'alerte. Échange de 30 minutes, sans engagement.